Bien que je me sentais en sécurité et que je me croyais rassérénée et sereine, j’ai peu dormi durant la nuit. À mon réveil, j’ai souhaité bonne fête à Lynda, même si je ne me sentais pas le cœur à la fête. J’ai fait ma séance de Duolingo matinale. J’ai ensuite regardé mes messages sur mon téléphone. J’y ai vu un message de Lorraine qui m’a semblé alarmiste, surtout comparé à la réaction de la veille où la situation était vraiment potentiellement explosive. J’ai lu les dernières nouvelles et depuis la veille à minuit, il n’y avait rien eu à signaler de nouveau selon les autorités. Tout était donc paisible.
Pendant mes recherches, j’ai trouvé un article où Claude, l’homme qui nous avait accostées au restaurant Sì Señor Garden, le 20 février, avait fait la manchette du Journal de Montréal, au Québec. J’ai appris qu’il s’appelle Claude Guérin. Le monde est vraiment petit. Nous sommes plus de 5 000 Canadiens dans l’état de Jalisco, principalement à Puerto Vallarta, et je rencontre un homme qui fait les manchettes par la suite.


Pour informer mon monde, à 8 h 05, j’ai écrit : « Ça se calme. C’est sûr que je suis inquiète et pas en même temps. Ce matin, je ne vois plus de panaches de fumée. Hier, c’était intense, nous avons été confinés à notre chambre pendant presque trois heures. Nous irons à la piscine aujourd’hui. Car on ne peut pas aller à la plage. Hier, c’était nuageux. Même le temps n’avait pas le cœur à la fête. Aujourd’hui, le soleil est de retour. » Lorraine a écrit « Maman, y as-tu des risques que ton hôtel se fasse bombarder ? Allez-vous manquer d’eau potable ? Et voilà que Clément lance un appel vidéo familial, à 8 h 27. Clément, Lorraine et Andy ont pris part à la conversation. J’étais surprise de leurs réactions. J’ai répondu à leurs questions et j’ai tenté de les rassurer. Ils avaient l’impression que c’était un état de guerre ici. On dirait que mon calme les stressait plus qu’il ne les calmait. En raccrochant, j’étais certaine qu’ils étaient rassurés. Ce n’était pas le cas de Lorraine.
La photo ci-contre ne présente vraiment pas notre meilleur profil. 🤣
Lynda a finalement décidé d’annuler le souper qu’elle avait prévu pour sa fête. Le retour à la normale était incertain et elle ne voulait pas prendre de chance. De toute manière, ses invités aussi n’avaient pas envie de sortir de chez eux. Quant à moi, au déjeuner, j’ai essayé de faire chanter une chanson d’anniversaire par les serveurs de l’hôtel. Ils étaient trop occupés et n’ont pas été en mesure de le faire. Il faut savoir que plusieurs n’avaient pas pu retourner chez eux et avaient passé la nuit à l’hôtel. Ils avaient travaillé toute la journée la veille, à cause du manque de relève. Ils entrevoyaient une deuxième journée semblable. Leurs vêtements étaient sales et ils avaient la mine étirée.
On a appris que le transport en commun avait repris ses activités, à 10 h. Plusieurs autobus avaient été incendiés, mais le service reprenait tout de même. Je me suis dit que les employés pourraient enfin se faire remplacer et aller se reposer chez eux. J’étais contente pour eux, mais en vain. Ils ont continué leur service comme d’habitude, malgré la fatigue.
À 10 h 52, j’ai copié pour ma famille le texte d’une publication Facebook d’un ami, Philippe G., qui disait : « Après un dimanche un peu rock and roll à Puerto Vallarta. Ce matin, la vie reprend… peu de véhicules sur la route. L’armée s’affaire à enlever les voitures incendiées d’hier et il y en a beaucoup sans compter les magasins qui ont été incendiés et vandalisés. »
Au cours de la journée, plusieurs amis m’ont écrit pour prendre des nouvelles. J’étais éberluée qu’ils réagissent 24 heures après le début des événements et après que je leur aie dit que j’étais en sécurité. Bref… les nouvelles vont vite, mais pas aussi vite que j’aurais cru. Je me suis efforcée de les rassurer et de répondre à leurs questions. Manon L. et Mélina L. ont été les seules à comprendre rapidement ce qui se passait de mon point de vue. Mélina a beaucoup voyagé et elle en a vu de toutes sortes, je suppose. Quant à Manon, elle m’a dit avoir vécu la même chose lors du déluge au Saguenay.
Mon ami Harold m’a fait parvenir l’enregistrement audio du point de presse donnée par Anita Anand, la ministre des Affaires étrangères. J’ai ensuite informé mon monde que j’étais déjà inscrite auprès du Gouvernement du Canada, comme Canadienne voyageant à l’étranger. Je le fais chaque fois que je voyage depuis l’automne 2022. Ainsi, le gouvernement canadien m’envoie des avis lorsque nécessaire. « Ce service gratuit […] permet au gouvernement du Canada de [… nous..] aviser en cas d’urgence à [… notre..] destination ou à la maison. Ce service [… nous…] permet également de recevoir des renseignements importants avant ou pendant une catastrophe naturelle ou des troubles civils. »[1]
J’ai passé la journée à informer mes enfants des nouvelles que j’apprenais ou des développements que je constatais. Je faisais de même avec ma mère et les autres membres de la famille, dans le groupe Messenger Famille Lepage-Morissette, mais moins souvent. Ainsi, je leur ai donc transmis les informations suivantes tout au long de la journée :
- L’armée contrôle toutes les routes.
- Elle débarrasse les rues des voitures incendiées. La circulation reprend progressivement.
- Ils s’attendaient à une riposte. Sauf que des cartels se sont regroupés et il a pris de l’ampleur. Je crois que les autorités ont été surprises par l’ampleur des manifestations du cartel.
- Les médias québécois se fient sur leurs correspondants d’ici et l’un d’eux en ajoute, car il ne vérifie pas ses sources (Yves B.).
- Plus le temps passera, plus les vraies informations seront mises de l’avant.


Bien entendu, c’est ennuyeux d’être confinée à l’hôtel. En même temps, je suis reconnaissante qu’on assure notre sécurité. J’ai lu presque toute la journée quand ce n’était pas mon livre, c’étaient les dernières nouvelles. Je reste à l’affût de la moindre information tout en tentant de démêler le vrai du faux. Le faux était très abondant ; c’en était aberrant. Il y avait plusieurs endroits où on lisait que le Costco était incendié. Pourtant, quand on regardait les images, il était évident que c’étaient les voitures qui se trouvaient dans le stationnement qui étaient incendiées. Plusieurs étaient incendiées dans ce seul stationnement. Cette nouvelle a tourné en boucle toute la journée.


De 17 h à 18 h, j’avais mon coaching de groupe. Je n’avais pas tellement la tête à ça, mais il m’a fait du bien. Ça a cassé un peu mon état de vigilance et j’ai pu penser à autre chose pendant cette heure. Tout de suite après la fin de la réunion, Erika P. m’a appelé pour échanger sur la dernière intervention qui a été faite pendant le coaching.
Lorsque nous sommes allées souper, la nourriture était très moyenne et le service très dégradé. On voyait que les personnes qui faisaient le service de ce soir n’étaient pas des habituées. Ça devait être la même chose en cuisine. Normalement, ceux qui travaillent à cette heure-là sont enfin retournés chez eux. Ils étaient au travail depuis la veille au matin. Ils devaient être épuisés et être très reconnaissants de retrouver leurs familles. J’ai encore tenté de faire souligner la fête de Lynda, par les serveurs de l’hôtel. Le serveur à qui j’ai fait ma demande s’est excusé à notre départ. Il m’a dit qu’ils étaient trop occupés. Je l’ai rassuré en lui attestant que je comprenais la situation.
Pendant la soirée, j’ai écrit pour mon blogue. Je me suis installée pour faire un peu de Duolingo et lire mon roman. Vers 21 h 30, Lynda s’est mise à rire. Elle avait reçu ce message de Lorraine : « Je n’arrête pas de penser à vous, à toi particulièrement. On ne se connaît pas, mais je compatis vraiment beaucoup avec toi. C’est ta fête en plus. Tu méritais de belles vacances. Et je connais ma mère, je sais qu’elle n’est pas la personne qui doit te rassurer le plus en ce moment. Elle fait un peu de dénis. C’est triste de voir que Puerto, ce beau petit coin de paradis est autant massacré. Je suis forte, mais je sais qu’à vos places, je ne serais pas capable de rester rationnelle. Ça doit être très stressant pour vous. Bref, je pense à toi et je te souhaite de pouvoir avoir de beaux souvenirs de ce voyage malgré tout. » Lynda m’a ensuite lu ce qu’elle avait répondu à Lorraine : « Merci de penser à moi et à nous. Nous sommes très bien ici et surtout en sécurité. Pour ce qui est de ta mère, je n’ai aucun problème avec elle. Ça fait plusieurs voyages que je fais avec elle et tout est parfait. On s’entend très bien. Merci encore et bonne fin de soirée. » La réponse de Lorraine a été la suivante : « Ouff tan mieux, ça me rassure de savoir qu’au moins dans votre confort ensemble tout se passe bien. J’avais l’impression que ma mère ne comprenait pas le stress que les gens pouvaient ressentir face aux événements. Mais si tu te sens bien entourée, quand même pour ta journée de fête, c’est ça qui faut. Bonne fête à toi, Lynda. Je parle à Clément en ce moment et il m’a dit de te souhaiter la même chose. » Tout de suite après, Lorraine m’a écrit : « Je vais essayer d’arrêter de stresser sur le fait que tu ne stress pas 🤣 ». Je lui ai répondu que Lynda et moi rions beaucoup grâce à elle.
Mon sommeil a été bien meilleur, cette nuit-là.


[1] Gouvernement du Canada, « Inscription des Canadiens à l’étranger », Voyage et tourisme, https://voyage.gc.ca/voyager/inscription, consulté le 3 mars 2026.

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